mercredi 4 avril 2018

Robida - Vente Claude Goumain du vendredi 13 avril prochain à Drouot

Vente de la « Collection autour de Robida »
de Claude Goumain le vendredi 13 avril prochain
14h à Drouot – Lots 155 à 204.


Le jeudi 13 avril 2018 - 14h, l’Etude des Commissaires-Priseurs Binoche et Giquello procédera à une vente publique de trois collections de notre ami membre, le grand collectionneur Claude Goumain : Livres illustrés romantiques (Lots 1 à 114) -  Collection autour de Robida… (lots 155 à 204) et Livres illustrés Fin de siècle (lots 205 à 314). Le catalogue complet est paru sur Bibliorare.


Dans le PDF à télécharger sur le site de BIBLIORARE, vous pourrez consulter la partie «  Collection autour de Robida - Livres illustrés - Aquarelles et Dessins originaux - Exemplaires uniques » Lots 155 à 204 - du catalogue établi par l’Expert de cette vente, M.Dominique Courvoisier - il avait déjà été celui de la vente de la collection Michel François en 2015 - Ce  très précis et  beau catalogue - (qui se qui réfère d’ailleurs plusieurs fois à notre ami membre Philippe Brun (« Robida, sa vie, son oeuvre », Promodis,1981) suffit à tout amateur de Robida pour trouver son bonheur mais nous tenions à souligner la qualité et l’originalité exceptionnelles de cette collection. 


Sur les 90 lots, 85 concernent des ouvrages (livres, albums). Pour 80 d’entre eux, correspondant à 65 titres,  Robida en a été l’illustrateur quasi unique.  
Pour au moins la moitié, ces ouvrages sont des tirages en séries limitées sur grands papiers, (en particulier japon sous ses différentes formes, vélin, vélin d’Arches, whatman, chine …), gage de qualité s’il en est et les voici là assortis, voire truffés de dessins originaux  : et/ou aquarelles, et/ou de dessins  et/ou croquis,  et/ou de suites des gravures en différents états. 
Les collectionneurs de la fin du XIXe, début XXe étaient friands  de ce genre d’ouvrages truffés par les originaux qui étaient la base du livre. En plus, comme Robida avait  le chic de saisir l’occasion  pour créer une aquarelle ou un dessin inédit sur la page de faux titre de l’ouvrage par exemple, ou ailleurs, il y avait de quoi en attirer plus d’un. Et alors, pour des raisons pratiques et de goût,  il  leur était naturel de faire appel à des Charles Meunier, Marius Michels, Carayon et autres pour habiller le tout d’une nouvelle reliure. Si l’on examine le catalogue, on vérifie ainsi que la moitié environ des livres  et en particulier presque tous les grands titres  n’ont plus leur reliure d’éditeur. Néanmoins, pour nuancer, des ouvrages de la collection qui ont gardé leurs couvertures brochées pleins de fraîcheur conservent tout leur attrait et leur valeur.

Une autre approche est l’illustration par Robida, a posteriori, vraisemblablement à la demande d’amis ou de clients, d’ouvrages à la réalisation desquels il n’avait pas du tout participé, créant ainsi des exemplaires uniques. Nous en avons dénombré 5 ce qui permet de retomber sur nos 85… Citons les trois principaux :  « Sur la pierre blanche » (137) d’Anatole France, « Saint-Cendre » (143) de Maurice Maindron et « La Bêtise humaine » (149) de Jules Noriac et ses… 97 aquarelles originales sur titres et marges.

Terminons par un survol rapide et non exhaustif de cette belle collection.
Le Robida illustrateur des chefs d’œuvre de la littérature occupe incontestablement la première place,  d’abord via trois titres  d’Honoré de Balzac(119,120 & 121) ; ce  dernier livre, un exemplaire unique de « La Connestable » avec la totalité (60) des dessins et croquis originaux de l’illustration, est, comme l’aurait écrit Robida, le clou de la collection. Mais sur le podium, voici aussi trois belles personnalités, les « Œuvres de François Villon » (202, 203 & 204)  cette  dernière étant une autre merveille du  catalogue avec ses dessins rehaussés de couleur par Robida lui-même accompagnés de 18 superbes aquarelles originales sur titres ou hors texte. Les « Poèmes et Ballades du temps jadis » (151),  deux « Cent nouvelles nouvelles » (127 & 128) , les « Œuvres de Rabelais » (153) et « La Tour de Nesle » (138 & 139) de Félix Gaillardet et Alexandre Dumas, s’inscrivent dans ce thème. 

Autre thème robidien, « Les Vieilles Villes… » se pressent,  d’Espagne, d’Italie et, enrichies de dessins originaux, des Flandres, du Rhin, de Suisse, les quatre volumes de « La Vieille France : Normandie, Bretagne, Touraine, Provence » (182) et leurs 14 dessins originaux constituant une autre pépite de la collection. 



Quant à Paris, il est  là, d’abord avec trois très beaux exemplaires du « Cœur de Paris, splendeurs et souvenirs » (161 à 163) dont le 162, très rare, sur Japon impérial enrichi de 20 dessins et aquarelle originaux, et un beau « Paris de siècle en siècle » (174). Ils sont complétés par les exemplaires plus modestes de « L’ile de Lutèce » (170) et du Guide de visite du « Vieux Paris » (165).

Les ouvrages pour la jeunesse sont près d’une dizaine à commencer par les deux premiers écrits et  illustrés par Robida, « La Tour enchantée » (174) et « Le Voyage de Monsieur Dumollet » (195) sur Japon enrichi de dessins originaux ainsi que le fameux « François 1er » (200) de Toudouse.
Dans le domaine des Contes dits « à Mariani » destinés gentiment à un lectorat normalement plus âgé, voici les six contes illustrés par Robida, la plupart enrichis - comme « Explication »  de Jules Claretie  (132)  et ses 37 croquis originaux au crayon de Robida - ainsi que « Sempervirens » (122), exemplaire unique du 5e Conte signé L.De Beaumont enrichi d’une aquarelle.

Mais quid de l’Anticipation ? Les trois grands classiques de la Librairie illustrée (Georges Decaux) sont bien présents, d’abord  « Le Vingtième Siècle » (190), un exemplaire sur Japon avec aquarelle originale; sa suite, « La Vie électrique » (191), exemplaire enrichi, d’une aquarelle originale et de 14 dessins originaux, constitue un  des clous de cette vente ; elle est  accompagnée, si l’on peut dire, de trois de ses « enfants » - , des extraits remaniés à tirage limité,  «  Le Voyage des fiançailles », l’un sur japon (192) et les deux autres (193-194) sur chine. « La Guerre au vingtième siècle » (168), un titre très recherché, vient compléter le trio (on aurait pu penser à  un quatuor en ajoutant « Le XIXe Siècle » (196), lui aussi présent et enrichi,  ferait un beau couple avec « Le Vingtième Siècle » mais on tombe là dans l’histoire…).
Par contre, « Contes pour les Bibliophiles » (199) réalisé par les deux compères Uzanne-Robida, titre recherché d’autant qu’il est enrichi d’une aquarelle, se verrait bien passer dans le clan Anticipation à cause de « La Fin des livres », son conte qui a fait sa célébrité et que rappelle l’aquarelle.

Enfin, « Le Vautour de Prusse » (180) bien complet de ses 16 dessins hors texte et enrichi d’une aquarelle et l’Album in folio « Les Villes martyres » (189) avec ses 8 lithographies s’inscrivent dans l’évocation d’une épreuve qui  fut terrible pour Robida.

Donc, au 13 avril mais d’abord il faut aller voir de plus près ces belles choses

Cordialement 

Le Bureau de l’Association 





jeudi 15 mars 2018

Le Locomotionisme... Le Rire, en 1896 - Suite et fin...

Pour ceux qui n'auraient pas lu le début de l'article, voici le lien :
https://albert-robida.blogspot.fr/2018/03/le-locomotionisme-le-rire-en-1896.html

 LE LOCOMOTIONISME
(2ème partie : la locomotion d'aujourd'hui... et surtout... de demain...)

Le Moteur à voile perfectionné
Avec soufflerie d'orgues permettant d'accélérer considérablement la vitesse.

Omnibus sans chevaux
Inauguration prochaine de la première ligne sur les boulevards. Ingénieuse combinaison de vingt quadruplettes à deux étages, les voyageurs pédalant même sur l'impériale.

Le dernier cheval
Primé dans les concours comme viande de boucherie.

Le cycle charrue, herse, etc.
Pour les travaux des champs, adopté par toutes les usines agricoles.

Le dernier piéton
Il a la lanterne et le grelot imposés par de sévères ordonnances, mais combien molesté tout de même quand il se hasarde sur la voie publique où cet attardé gêne la circulation.

Le village roulant
Nous avions déjà la roulotte de famille et le house-boat circulant sur fleuves et canaux, nous allons avoir le village roulant, se déplaçant à volonté, ne gardant pas toujours la même exposition, ni la même vue agaçante, à la fin, et s'en allant en hivers dans le midi.

Cycles de famille
Pour déplacements et villégiatures. Je ne vais plus aux bains de mer autrement, c'est si commode.

Un tout petit inconvénient
N'allez surtout pas vous asseoir sur le fourneau à pétrole de votre automobile !

Petit automobile d'hiver
Pour gens frileux.

La dernière Amazone
Grande curiosité les jours où elle se montre aux Bois, se faufilant à travers les rangs pressés et railleurs des escadrons cyclistes, très entourés, très regardée, mais pas très admirée, la pauvre ! Quant à sa monture, par crainte d'accident, on la lui amène dans une caisse fermée, sur un automobile à vapeur.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Nouvelles Transformations militaires
L'infanterie, sur automobile de petite dimension, armée d'une carabine mitrailleuse sur affût. Ces guerriers montés sur des chars sont un retour à l'antiquité.

L'Artillerie
En bombardes automobiles blindées, est devenue d'une extrême mobilité sous son apparence massive.

La Cavalerie
Retour encore p lus marqué à l'antiquité. La cavalerie avec la cuirasse, le bouclier et la lance, combat par le choc et roule sur des chars armés d'un éperon.

Autre application de l'Automobilisme
Statue de grand homme national, non plus accaparée par une seule et unique cité, mais passant une semaine dans chaque ville ou bourg, à tour de rôle.

Moteur à vapeur
Le charbon aussi a quelques légers inconvénients.

Le dernier Mot du Progrès
Moteur de petite dimension à pétrole pour un demi-voyageur, permettant à celui-ci de faire sa petite cuisine.

FIN

mardi 13 mars 2018

La Porte Saint-Michel, l'entrée aval du Vieux Paris d'Albert Robida

On ne s'en lasse, et il semble que ça plaise toujours énormément à nos visiteurs... je veux parler de ce fameux Vieux Paris, que Robida s'est amuser à reconstituer sur les berges de la Seine, entre le pont de l'Alma et la passerelle Debilly, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 à Paris.

C'est la Porte Saint-Michel. Elle est l'entrée incontournable de ce Vieux Paris qui court sur 260 mètres de bord de Seine. Elle se trouve au débouché du pont, on y accède également par l'intermédiaire d'une station des bateaux parisiens.

Le Vieux Paris, c'est un concentré de l'architecture de parisienne passée, une sorte de condensé des plus célèbres demeures, ou ayant hébergé les plus grandes personnalités, on y entre au XIVe, on en sort au XVIIIe... Ce fut un des "clous" de l'exposition de 1900, et ce ne sont pas les 51 millions de visiteurs qui diront le contraire !

Voici donc une très belle photo (Neurdein Frères) de cette entrée, on remarque les deux gardes en costumes d'époque, et on s'attarde bien sûr sur les détails de cette construction, dont les deux tiers sont sur pilotis.

Albert Robida ne voulait pas d'un simple décor de carton-pâte (ou de carton-pierre comme c'était la mode à l'époque), mais réellement quelque chose de crédible à tous points de vue. Si bien que les charpentes ont été dimensionnées en conséquence, et que chaque édifice du Vieux Paris est utilisable ou praticable, et le tout a été habillé de fausses pierres certes, mais toutes différentes, aussi vraies que nature. Dans ce Vieux Paris, on trouvait plus de 70 échoppes et autres restaurants, mais aussi des salles de spectacle, comme la chapelle Saint-Julien des Ménestriers, le cabaret de la Pomme de Pin, ou la grande salle des vieilles halles, pouvant contenir jusqu'à 1100 personnes.

Bravo Monsieur Robida !


lundi 5 mars 2018

Le Locomotionisme... Le Rire, en 1896

Dans ses récits d'anticipation, Albert Robida prophétise rapidement les progrès techniques de tous types, comme ceux de la locomotion en général.
En 1896, soit trois années avant qu'il n'illustre La Fin du Cheval de Giffard, on le surprend à s'amuser à dessiner Le Locomotionisme dans Le Rire n°111 du 19 décembre 1896 !

On pourrait se demander ce qu'est réellement ce locomotionisme si on ne connaissait pas Robida comme nous le pratiquons depuis déjà longtemps. Nul doute que les progrès de la locomotion en général, avec les chemins de fer qui ne cessent de s'améliorer et de réduire les temps pour rejoindre une ville à une autre, les progrès des vélocipèdes en tous genres, et bien sûr ceux des premières automobiles !
On peut s'imaginer que ces avancées à la pointe de la technique pour l'époque, sont suivies avec beaucoup d'intérêt par tous, et certainement relayés bruyamment par les médias de l'époque. En un mot ou plutôt en une phrase : "Tout le monde en parle !".

Alors, est-ce que cela énerve un peu Albert Robida ? Difficile de le dire. Il sait le progrès en marche, et inéluctable, alors on peut penser que comme à l'accoutumée, il suit cela en fin observateur amusé par tout ce remue-ménage !

Pour en revenir à ce numéro dans lequel il va sévir copieusement, il aborde le Locomotionisme ambiant, en long, en large, et en travers.
Si le beau visuel couleur de la couverture est loin d'être équivoque - car c'est du Robida pur jus - il passe en revue sur quatre pleines pages intérieures, à la fois la locomotion des origines jusqu'à notre époque moderne, et celle de demain, dans une grande débauche d'idées aussi imaginatives que drôles.

Le lecteur de l'époque devait s'en donner à cœur joie... et se tenir les côtes !

Quant au style du dessin, Robida reste fidèle à lui-même, et à ces types de dessins de presse. On regrette juste que la qualité de la gravure, de l'impression et du papier, ne soit pas forcément à la hauteur des illustrations. Mais, il est vrai que ce n'est qu'un journal... et sorti il y a 122 ans !

La composition des pages intérieures nous rappellent celle que Robida utilise dans La Caricature par exemple. Ce sont de multiples petits dessins commentés, parsemés sur une pleine page, voire deux ! Pour une question de clarté, j'ai isolé ici chaque dessin et ajouter en-dessous la légende.

Sans plus attendre, partons ensemble à la découverte de ce numéro :

LE LOCOMOTIONISME
(1ère partie : depuis les origines...)


Le moteur à voile
Economie, sécurité, propreté. Pas d'explosions possibles. Le pétrole, l'électricité, la vapeur ont leurs inconvénients, nous comptons à la prochaine course Paris-Marseille montrer triomphalement les avantages de notre moteur.

Le premier moteur
Voilà soixante mille ans que l'homme cherche ! Aux temps préhistoriques, les moyens de communication n'abondaient pas, chacun sait çà, l'homme a commencé par l'automobilisme le plus pur. On avait du jarret en ce temps-là !

Le char antique
Invention des fiacres. Ils allaient assez bien alors, mais, avec le temps, leur allure s'est ralentie. Les savants prétendent que l'antiquité a connu la bicyclette; on vient de découvrir à Pompéi, sur un fragment de muraille, un dessin griffonné qui ne laisse aucun doute. Mais les Barbares vinrent, et il fallut attendre une quinzaine de siècles pour réinventer la pédale.

Le Cheval et la première Amazone
Chose curieuse, en tant de siècles, ce genre de moteur n'a fait aucun progrès sérieux. On montait déjà à cheval au temps d'Homère, comme on le monte aujourd'hui.

Quatre boeufs attelés d'un pas tranquille et lent promenaient dans Paris le monarque indolent.
Voiture de gala mérovingienne. Sa majesté Chilpéric II passant sur le boulevard.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Voiture moyen âge - Omnibus de famille
Commencement de progrès, après les siècles de barbarie; mais les gens pressés devaient continuer à se servir de l'ancien moteur des temps préhistoriques.

Un carosse sous le Grand Roy
Lenteur majestueuse, grand air, suprême distinction de l'attelage, caisse de première grandeur, les gens du grand siècle aimaient leurs aises.

La Chaise à porteurs
Invention excellente et qui rendit de grands services. L'ennuyeux c'était quand les porteurs n'étaient pas d'accord sur le chemin à suivre.

Omnibus Louis XIV
Le grand Pascal lui-même invente le premier omnibus. Cela s'appelle le carrosse à cinq sous, mais les gens continuent à aller à pied.
La Vinaigrette
On essayait déjà de se passer de cheval, mais l'homme avait beau avoir très chaud, il ne pensait pas encore à la vapeur.

La Diligence - Messageries Laffitte et Caillard
Le progrès ! On ne mettait pas plus de huit jours pour aller à Bordeaux, si l'ont avait soin de pousser à la roue aux côtés à monter pour éviter les pertes de temps.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Le chemin de fer
Enfin voici le train-éclair ! Pour commencer, il ne met que 35 minutes de Paris à Asnières, mais il va se rattraper vite et dévorer vertigineusement des kilomètres.


Quelques aventureux essaient de la navigation aérienne qui a l'avantage de ne pas fatiguer l'administration des ponts et chaussées. Il n'y a pas de côtes ) monter et, cependant, on trouve bien es hauts et des bas dans ce genre de locomotion qui semble encore ne convenir qu'aux amateurs d'émotions fortes.

Le Traineau
Avec de la neige dessous et des loups derrière, cela va comme sur des roulettes. Sur le macadam ou même le pavé de bois, cela ne vaut pas le fiacre.

Moteurs exotiques
Usités seulement dans les pays du tropique, où le pétrole est rare et où la bicyclette des régions septentrionales s'acclimate difficilement.

A SUIVRE...
(partie n°2 - La locomotion d'aujourd'hui et de demain... par Albert Robida)

jeudi 1 mars 2018

Un FAUX Robida en vente... Jeudi 1er mars 2018 !


Les ventes se suivent, mais ne se ressemblent pas forcément.

Un de nos membres nous a informé il y a quelques jours d’une vente qui a lieu aujourd'hui, jeudi 1er mars 2018 à 13h30 à Paris « Succession d'un marchand parisien et à divers. XXe siècle ».

Elle se compose de 273 lots dont, comme vous pourriez vous en douter, une œuvre signée Robida.

Mais c’est là que les choses se compliquent. En effet, quelle œuvre étrange ! Même si elle est signée Robida, on doute immédiatement que ce soit un original d’Albert Robida, beaucoup trop de détails semblent trahir le mauvais faux !

Voici donc mes premières remarques, que j’ai bien sûr partagées avec des membres spécialistes de Robida.
Pour commencer, le trait est assez malhabile et les proportions perfectibles, la posture du bourreau et sa hache n'est pas crédible, Robida est généralement beaucoup plus précis que çà.
La mise en couleur est assez étrange... même les esquisses rapidement coloriées par Robida sont plus précises et artistiques que cette illustration.
Le dessin semble porter une dédicace sous la signature... habituellement les dessins dédicacés par Robida sont beaucoup plus soignés !


Mais la photo n'est pas très bonne, mais la signature semble correspondre, à première vue... avouons-le, elle est relativement facile à imiter.

Je décide donc de contacter le commissaire-priseur MAGNIN WEDRY pour tenter d’obtenir quelques meilleurs clichés, notamment quelques gros plans de détails, et surtout, une vue rapprochée de la signature et de la mystérieuse inscription en dessous... et bien sûr, pour l'informer de nos doute concernant cette "œuvre" !

Quelques jours après, je reçois effectivement quelques photos complémentaires, sans plus d'explications quant à l'origine présumée de ce dessin. 

Et là, ce n'est plus équivoque, trop de détails trahissent la supercherie.

J'ai tout de suite travaillé sur la signature et ainsi pouvoir la comparer avec celles de Robida. Le soucis, c'est qu'en fonction des époques, et du médium utilisé, elle peut varier. Il semble que celle-ci soit un style de signature de Robida antérieur à 1900... elle est très ressemblante, bien qu'un peu malhabile... habituellement, Robida fait traîner son "a" de fin beaucoup plus, surtout quand il est tracé au pinceau... et Robida est extrêmement loin d'être malhabile avec un pinceau ! C'est un point qu'on ne peut remettre en question !


On peut enfin lire ce qu'il y a sous la signature : "Pinxit Roma près Langrune" (ou Langrane)

S'agit-il de Langrune-sur-Mer en Normandie ?

On avait déjà remarqué la trop mauvaise qualité du dessin pour être du Robida... on pourrait justifier en disant que c'est un dessin "vite-fait" et colorié par Robida, mais il me semble que Robida ne signait pas ses crayonnés et esquisses !!! (je dispose afin de comparer, d'un très grand nombre d'esquisses de Robida, qui m'ont permis de le vérifier)

Aussi, le format m'interpelle, 98x62 cm... un peu grand pour une esquisse de Robida ! On pourrait avancer qu'il s'agit peut-être d'un travail préparatoire avant l’œuvre définitive ? ça paraît peu probable vue la composition très perfectible !!

J'ai également fait parvenir ces dernières photos aux membres de l'Association des Amis d'Albert Robida qui sont unanimes, il ne s'agit pas d'un dessin de Robida !

Et pour terminer, je cite Philippe Brun (libraire et auteur de "Albert Robida (1848-1926) - Sa vie, son oeuvre, suivi d'une bibliographie complète de ses écrits et dessins") dans son courriel d'hier soir :
Ce n'est certainement pas la signature de Robida et le style du dessin est très différent de ce qu'il fait habituellement. Il s'agit sûrement d'un faux !

Voilà, tout est dit ! A suivre, car on aimerait quand même bien savoir pourquoi ce dessin a été signé Robida ?
On pourrait avancer de nombreuses hypothèses... Robida a énormément dessiné sur le Moyen âge et nul doute qu'il ait fait de nombreux émules grâces à ces dessins et ouvrages sur le sujet.
On pourrait aussi se projeter dans son Vieux Paris, recréé sur les berges de la Seine à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 à Paris. Cette attraction, entre le pont de l'Alma et la passerelle Debilly a été le véritable clou de cette Exposition, et ce sont des dizaines de millions de visiteurs qui ont visité ces ruelles embrouillées, dans lesquelles des figurants donnaient le change. Alors, on pourrait alors imaginer un de ces visiteurs, arrivant au carrefour St-Julien, après avoir dépassé la chapelle et le cabaret, il se retrouve nez-à-nez avec le pilori de St-Germain... sur cette place du Vieux Paris de l'Expo étaient organisées de petits spectacles moyenâgeux dans lesquels peut-être, la décapitation simulée avec cours.
Sinon, il reste également la piste de l'inscription sous la signature. A-t-elle une réelle signification ?
Pinxit Roma pourrait vouloir dire Peint à Rome, mais... près de Langrune en Normandie ?... cela me paraît un peu plus difficile à interpréter !

Pour info, voici le lien de la vente d'aujourd'hui :
http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/succession-dun-marchand-parisien-et-a-divers-xxe-siecle/albert-robida-1848-1926-la-decapitation-aquarelle-sur-papier-ie_v114459/10679660/num

N'ayant reçu les images qu'hier matin, je suppose qui semble est un faux Robida n'aura hélas pas été retiré de la vente !